Etudes médicales : le fiasco de bout en bout…


Faculté de Médecine

Ces dernières semaines, les études médicales ont émaillé la une des journaux, non seulement professionnels mais également généralistes. Soulignait-on la qualité de la formation en France ? Aucunement.

Publié le 06/07/2017


Dans un premier temps, la tentation du gouvernement précédent de restreindre l’accès à la 1re année commune des études de santé par un tirage au sort a été largement dénoncée. Voilà une bien curieuse manière de respecter le choix des jeunes bacheliers, et d’encourager des vocations dans ces métiers si difficiles, dont la caractéristique essentielle est d’être tourné vers l’autre, vers sa souffrance, vers sa santé ou d’en avoir au moins le goût, si ce n’est l’aptitude et l’empathie.

La deuxième salve de faillites de notre système de formation mise en évidence récemment a été l’enquête sur le burn-out des étudiants en médecine rendue publique par les étudiants et internes. Alors que les études en médecine sont censées former pour soigner, les apprenants sont bien malades ! Le taux de suicide, très préoccupant, est largement supérieur aux autres professions, mais aussi le burn-out, le harcèlement et les troubles dépressifs. Cet état fait-il exception dans notre société ? Non, mais il révèle les dysfonctionnements de l’hôpital, et est la résultante de formations inadaptées à la vraie vie professionnelle. Outre la prise en charge médicale et psychologique de ces étudiants, il faudrait certainement réfléchir à leur environnement pédagogique, y compris à la formation pédagogique des enseignants. Mais il faudrait aussi élargir la vision des étudiants sur la vie professionnelle et l’exercice en médecine de ville, que ce soit en médecine générale comme en médecine spécialisée.

Troisième épisode dramatique : la faillite organisationnelle des ECN. Comment peut-on admettre que ces étudiants en médecine, qui jouent en quelques jours tout l’avenir de leur vie professionnelle, puissent passer leurs épreuves dans des conditions aussi catastrophiques ? Au-delà des sanctions et des mesures correctrices indispensables, c’est bien l’ensemble de l’architecture de ces ECN qu’il faut revoir.

Car, aujourd’hui, notre système de formation en médecine souffre de maux multiples dont pudiquement personne ne parle :

  • La 1re année commune se caractérise par une aberration pédagogique : quasi-absence de formation, amphithéâtres démultipliés par des retransmissions sur écran TV, épreuves de fin de 1re année totalement inadaptées à la sélection de futurs médecins qui doivent allier à la fois une connaissance scientifique mais également une aptitude aux rapports humains pour une médecine non seulement technique mais d’écoute et humaniste ;
  • Comment peut-on encore justifier aujourd’hui un numerus clausus alors qu’un quart des nouveaux médecins qui s’inscrivent au Conseil de l’Ordre le font avec un diplôme délivré par une faculté non française ? Ce contournement du numerus clausus pose problème. Et ce n’est pas son élargissement qui résoudra quoi que ce soit, bien au contraire ;
  • Comment peut-on laisser un étudiant en médecine en fin de 6e année choisir sa spécialité sans pratiquement pouvoir en changer, et ce avec une double contrainte (celle du lieu de formation et celle de la spécialité qu’il exercera) ? Lorsque vous interrogez les médecins exerçant aujourd’hui, ceux qui ne sont pas issus des dispositifs actuels ont pour la majorité d’entre eux hésité, changé de spécialité en cours d’internat voire opéré des virages à 180°. Cette filiarisation à outrance et si précoce est une aberration ;
  • Va-t-on maintenir cette future réforme du 3e cycle contre vents et marées, contre l’avis à la fois des internes mais aussi de nombreux hospitalo-universitaires et sociétés savantes concernés, réforme qui revient à raccourcir le temps de formation dans des spécialités aussi majeures que la cardiologie, la gastro-entérologie, la néphrologie ? Il s’agit là de la qualité de la formation des futurs spécialistes concernés, et donc de la qualité des soins qui sera apportée à la population. Ceux qui en ont décidé et ceux qui s’entêtent dans cette erreur devront en rendre compte.

Une réflexion en profondeur sur l’ensemble des études médicales est nécessaire. Rien ne se bâtira sans un consensus entre les jeunes en formation, les enseignants hospitalo-universitaires et les médecins quel que soit leur secteur d’exercice. Les médecins libéraux sont prêts à s’investir dans ce qui est une des caractéristiques de la médecine : la transmission du savoir et de l’expérience par le compagnonnage. Les nouveaux décideurs politiques concernés devraient s’en saisir et l’encourager.

Dr Jean-Paul Ortiz
   Président de la CSMF

 

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