Conseil de l’Ordre : à chacun sa mission

Le Conseil de l’Ordre des Médecins (CNOM) vient de réaliser une consultation nationale à grand renfort de moyens financiers ; celle-ci intervient après deux congrès dont le coût d’organisation laisse certainement rêveur. Voilà qui est bien facile lorsque la cotisation est obligatoire et décidée par la seule instance ordinale ! Ceux qui contestent son augmentation n’ont certainement pas tort de s’interroger.

Le Conseil de l’Ordre est une vieille institution qui, dans des temps peu glorieux de l’Histoire de France, a remplacé les syndicats devenus interdits. Ses missions clairement précisées dans la Loi sont bien celles de l’enregistrement des diplômes, des aspects éthiques et déontologiques de notre profession. Il est donc garant de la qualité des soins apportés aux Français. Bien sûr, ce champ peut être lu de façon étroite ou, au contraire, de manière plus large. Dans une saine démarche de rajeunissement de cette vieille institution, son Président actuel – le tonique Dr Patrick BOUET – l’entraîne au-delà de ce qui devrait être son champ de missions. Il dirige et se présente aujourd’hui comme l’un des porte-paroles de la crise profonde qui secoue la profession médicale libérale, et même au-delà. Il participe à la Grande Conférence de Santé, opération médiatique et politique du Premier Ministre, alors que l’ensemble des syndicats médicaux représentatifs ont refusé de s’y rendre. Mais, pourra-t-il argumenter, il est fort d’une consultation large, et d’une rencontre avec ces mêmes syndicats représentatifs ! Sauf la CSMF… qui n’a pas été dupe de cette stratégie !

Il faut bien reconnaître que le document issu de cette grande consultation des médecins, organisée au 4e trimestre 2015, reflète largement cette crise médicale. Les thèmes sont variés, les propositions parfois intéressantes, souvent décevantes et quelques fois peu acceptables.

A la lecture de ce long document, on recherche, mais en vain, ce qui relève de la mission du Conseil de l’Ordre. On est frappé par l’absence d’une voix médicale forte sur des thèmes sociétaux dont le Conseil de l’Ordre devrait pourtant s’emparer. Rien sur l’affaire Vincent Lambert, rien sur le débat autour de la fin de vie et sur l’euthanasie. Quelques rares éléments sur l’exercice médical et l’impact que cela peut avoir sur les relations médecin-patient ou entre médecins.

Et quid du quasi-silence sur l’essor du numérique dans le domaine de santé ? Comment expliquer la pseudo-validation des sites tant décriés par la profession, comme Deuxiemeavis.fr, par le Conseil de l’Ordre ? Le récent rapport qui vient d’être publié sur ce sujet mérite que le CNOM s’y attarde plus longuement. Et quelles réflexions éthiques sur la médecine prédictive, la médecine personnalisée, la robotisation, etc. ? Car c’est bien dans ces champs nouveaux, émergents, que les médecins attendent les réflexions du Conseil de l’Ordre.

Faut-il rappeler que la France est riche de nombreuses représentations professionnelles ? Le corps médical n’y fait pas exception : au Conseil de l’Ordre les missions éthiques, déontologiques et d’enregistrement des diplômes ; aux syndicats médicaux représentatifs la défense des intérêts de la profession et les relations avec les pouvoirs publics en matière d’organisation des soins, aux URPS les modalités techniques de cette organisation.

Le vieil adage « A chacun son métier et les vaches sont bien gardées » doit retrouver tout son sens.

Jean-Paul Ortiz

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drjportiz

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