Cabines connectées… déconnectées

Les cabines connectées commencent à s’implanter dans notre pays. Présentées comme la solution miracle à la soi-disant désertification médicale, celles-ci permettent aux patients de contrôler quelques paramètres simples tels que le poids, la tension artérielle, la fréquence cardiaque, la température et le taux d’oxygène dans le sang.

Certaines, plus sophistiquées, permettraient même de réaliser des tests auditifs – dont on connaît mal la fiabilité – mais également un électrocardiogramme, ce qui laisse encore plus songeur, à moins qu’il ne s’agisse d’un tracé très simplifié, et donc très peu interprétable.

Les promoteurs et les financeurs de ces cabines connectées les présentent comme la solution idoine pour résoudre les problèmes d’accès aux soins, voire pour améliorer le suivi de patients atteints de pathologies chroniques… Les exemples fleurissent. Après une résidence pour les seniors, voilà maintenant une pharmacie mutualiste à Roanne et une mutualité étudiante dans la région parisienne qui s’en dotent…

Alors, progrès en santé ou trompe-l’œil ? Modernité numérique ou arnaque commerciale ? Il faut se poser la question mais la réponse est vite trouvée.

Une bonne prise en charge d’un patient ne se conçoit que dans le cadre du dialogue singulier qui se noue avec son médecin traitant. C’est lui seul qui pourra écouter la plainte du patient et son ressenti, orienter l’interrogatoire et l’examiner. Ce n’est que dans un deuxième temps, grâce à cet entretien et à l’examen clinique, qu’il pourra décider des examens complémentaires pertinents. Ces derniers permettront de compléter la démarche diagnostic et de prescrire la thérapeutique la plus adéquate. La démarche médicale ne saurait souffrir d’un autre déroulé. Sommes-nous opposés à l’évolution de la prise en charge grâce aux outils connectés, à la santé numérique ? Sûrement pas. Mais cette évolution inéluctable en matière de santé doit se faire à l’intérieur d’un parcours de soins coordonné par le médecin traitant et au service du patient. Pour le médecin, elle doit faciliter la transmission des informations, l’interprétation des données, aider au diagnostic et à la décision thérapeutique. Pour le patient, cette évolution doit lui permettre un meilleur suivi, un recours plus adéquat au médecin. C’est bien la machine au service de l’homme et non l’inverse.

Or, ces cabines connectées sont en réalité déconnectées de toute prise en charge médicale. Les données qui sont obtenues dans ce cadre sont éventuellement transmises au médecin traitant ou consignées dans une base sécurisée accessible pour le praticien. Au-delà de l’interrogation légitime que l’on peut avoir sur la sécurisation de ces données médicales, détenues par un assureur complémentaire, ce vieux rêve de remplacer l’homme par la machine trouve ses limites. Loin d’une vraie prise en charge médicale, ces cabines s’apparentent davantage à un gadget commercial – voire à une base de recrutement ou d’orientation grâce à quelques données – dans un contexte assurantiel où la concurrence fait rage. La pertinence des données recueillies, l’interprétation de celles-ci et la coordination d’une prise en charge ne sont pas au rendez-vous.

Ces cabines connectées sont vraiment déconnectées. Elles ne sont que des trompe-l’œil inutiles, coûteux et faussement rassurants. Il est temps de développer tous les aspects de la télémédecine (la téléconsultation, la téléexpertise, la télésurveillance et la téléassistance) sous la coordination du médecin pour améliorer le suivi des patients et leur faciliter l’accès à un professionnel de santé d’un point de vue géographique.

Jean-Paul Ortiz

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drjportiz

Bienvenue sur le blog officiel du Dr Jean-Paul Ortiz, Président de la CSMF et médecin néphrologue.