Liberté d’installation : faut-il la réguler ?

Village en NormandieLa liberté d’installation des Médecins fait l’objet d’un débat récurrent, presque un marronnier, dans le monde de la santé. Les politiques s’en émeuvent, décrivent des déserts médicaux là où ce sont des déserts tout court. Tel sénateur ou tel député propose régulièrement d’y mettre fin en obligeant les jeunes médecins à s’installer dans les zones géographiques considérées comme fragiles.

Certains même argumentent sur une obligation qu’auraient les médecins, qui ont bénéficié d’un enseignement en France, de « rendre » à la collectivité cet investissement, sous la forme d’un temps d’ exercice obligatoire pendant trois ou cinq ans dans ces zones réputées fragiles. Ont-ils oublié qu’aucun étudiant d’autres facultés françaises n’a de telles obligations ?

Où sont les vrais problèmes ? Tout d’abord, ce qu’on qualifie de « déserts médicaux » sont souvent des déserts de services publics, là où le désengagement de l’Etat a déstructuré l’ensemble du cadre de vie de la population : plus de Poste, plus de gare, plus de collège, etc. Mais il y a aussi des zones où ces infrastructures ne manquent pas, et qui aujourd’hui manquent de médecins parce que l’exercice y est difficile du point de vue de la sécurité, ou en raison des charges professionnelles trop élevées (coût de l’immobilier) ou à cause de locaux rarement adaptés aux handicapés en particulier dans les hyper centres-villes, y compris Paris intra-muros ! Oui, il devient aujourd’hui difficile de trouver un médecin traitant, y compris dans Paris ! Oui, il est aujourd’hui difficile d’avoir un rendez-vous rapide, voire dans des délais acceptables, pour certaines spécialités médicales.

Régler  ces problèmes de façon autoritaire ne ferait d’ailleurs qu’aggraver les choses, car il faut s’interroger sur les causes de la désaffection des jeunes générations pour le métier de médecin libéral. A force de développer la bureaucratie et la charge administrative dans nos cabinets médicaux, l’Etat a malheureusement rendu l’exercice libéral moins attractif pour les jeunes générations. A force de ne pas revaloriser le tarif des actes médicaux, l’Etat n’a pas permis aux jeunes médecins d’assumer les charges qui ne cessent d’augmenter dans nos cabinets. Il en résulte un temps de travail très supérieur aux aspirations sociétales actuelles que partagent légitimement nos jeunes confrères.

C’est aujourd’hui un panel de mesures incitatives qui sont nécessaires. Il n’y a pas de solutions miracles, il n’y a que de multiples incitations qui favoriseront l’installation des jeunes générations, quelles que soient la spécialité et la localisation : découverte de l’exercice libéral très tôt dans la formation et pour toutes les spécialités, aides au regroupement, développement de l’e-santé et de la télémédecine, organisation de la permanence des soins, allègement et accompagnement pour les tâches administratives, simplification des statuts et facilitation des exercices partagés, et surtout des moyens pour permettre à la médecine libérale d’assurer ce virage ambulatoire indispensable.

La France a aujourd’hui une richesse extraordinaire, celle d’une liberté en santé: la liberté pour tout patient de choisir son médecin. La fin de la liberté d’installation signerait automatiquement et mécaniquement la fin du libre-choix du médecin par le patient. Mais la France compte aussi une autre grande richesse : celle d’avoir un maillage territorial très serré d’une médecine libérale universelle, accessible à toute la population et à tout patient, quel que soit son statut social. Il est temps que nos décideurs en prennent conscience, et permettent à ces richesses de perdurer. Voilà où est la véritable urgence sanitaire !

Dr Jean-Paul Ortiz

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drjportiz

Bienvenue sur le blog officiel du Dr Jean-Paul Ortiz, Président de la CSMF et médecin néphrologue.