Budget de la Sécurité sociale : un financement toujours orienté vers l’hôpital

HonorairesLa période actuelle est celle des comptes de la Sécurité sociale et du projet de loi de financement de notre vieille Assurance maladie.

Après des années fastes, l’Objectif National des Dépenses d’Assurance Maladie (ONDAM) a été progressivement et considérablement limité pour être à 1,75% en 2016, un taux historiquement bas, et à 2,1% pour 2017.

Mais à l’intérieur de cette évolution des dépenses de l’Assurance maladie, on constate que le retour à l’équilibre des comptes dont se glorifie la ministre de la santé se fait clairement aux dépens de la médecine de ville.

Publié le 06/10/2016

Depuis 2011, le secteur public hospitalier a vu son budget augmenter de 11%, contre 10% pour les médecins spécialistes (dont le nombre a augmenté et l’activité également) et 2% seulement pour les médecins généralistes (dont le nombre total est plutôt en baisse).

Les économies prévues pour 2017 sont concentrées sur la médecine de ville, comme cela se fait depuis plusieurs années : baisse des tarifs des professionnels libéraux, tour-de-vis sur les médicaments et les dispositifs médicaux, et maîtrise médicalisée sont autant d’actions sur la médecine de ville.

Les avancées pour la médecine de ville fièrement présentées par la ministre de la santé sont en réalité anecdotiques : rien pour la prévention, des aides très limitées pour la démographie médicale, la télémédecine bornée aux expérimentations, etc.

Où sont les moyens pour restructurer la médecine de ville et permettre la modernisation d’une offre de soins de proximité (en particulier en termes d’immobilier mais également à travers les outils du numérique et la coordination territoriale) ? Quels moyens sont alloués à la médecine de ville pour l’innovation, où les dispositifs actuels sont centrés sur l’hôpital public, en particulier dans le cadre des territoires de santé numériques ? Le comble de l’aberration reste l’organisation des Plateformes Territoriales d’Appui (PTA) organisées par les seuls hôpitaux, comme certaines ARS le décident !

Quant aux Prescriptions Hospitalières Exécutées en Ville (PHEV), elles s’envolent et viennent durement amputer le taux d’évolution de l’ONDAM de la médecine de ville. Voilà le transfert qui est fait vers la ville : celui des coûts particulièrement élevés des médicaments innovants !

Décidemment, le virage ambulatoire ne se résume qu’à transférer des charges sur la ville, à développer la chirurgie ambulatoire des hôpitaux et à financer les Plateformes Territoriales d’Appui (PTA) faites par les hôpitaux.

Le virage ambulatoire devrait être au contraire encouragé par un soutien déterminé à la restructuration de la médecine de ville qui en a bien besoin, en particulier pour aller vers un regroupement et une coordination améliorés, et permettre des soins de proximité au plus près des patients pour éviter un recours à l’hôpital. Ceci passe nécessairement par une nette augmentation des moyens pour la médecine de ville.

Le virage ambulatoire ne doit plus être incantatoire mais encouragé, favorisé, avec les moyens réglementaires, juridiques et financiers adéquats. Il y a urgence. A quand les décisions politiques nécessaires ?

Dr Jean-Paul Ortiz

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drjportiz

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