Violences aux médecins : la société est malade

smiley-1635454_1280La publication récente du rapport annuel de l’Observatoire de la Sécurité des Médecins (ONSM), et les agressions inadmissibles touchant des médecins dans l’exercice de leur fonction tant à l’hôpital qu’en médecine de ville, ont mis le problème de la sécurité des médecins sous les feux de l’actualité.

En médecine de ville, l’ONSM constate près d’un millier de déclarations d’agressions, chiffre très certainement sous-estimé : il n’est pas dans la tradition du médecin de déclarer un incident ou de porter plainte. Le médecin est beaucoup plus naturellement dans l’écoute, l’empathie et le dialogue que dans la recherche d’une sanction ou d’une répression.

Néanmoins, ce chiffre interpelle, d’autant qu’il est en hausse par rapport à ces dernières années. Les agressions sont majoritairement verbales et menaçantes, le vol et le vandalisme représentant un bon quart des déclarations et les violences physiques, 8%.

Pourtant, le médecin est souvent le dernier lien social qui persiste dans les quartiers difficiles, les zones particulièrement défavorisées, et ces violences témoignent souvent des difficultés de ces populations. Mais ces violences à l’encontre des professionnels de santé, qui se dévouent pour accompagner le patient dans ses difficultés physiques ou morales, sont inadmissibles. Ce manque de respect est mal vécu par le médecin, à juste titre. Pourtant, il n’est que le reflet d’une société malade, où l’excessif a pris le pas sur le raisonnable. Il n’y a qu’à écouter les discours ou les interjections des hommes politiques entre eux, dont l’expression est devenue caricaturale et agressive. Il n’y a qu’à regarder l’évolution des médias où, pour vendre du journal, la première page doit être accrocheuse à l’excès.

Il est temps que notre expression collective se ressaisisse et évite les excès de langage retranscrits à l’identique, comme l’avait fait L’Equipe qui avait reproduit, en Une, les insultes ordurières d’un joueur de football à l’encontre de son entraîneur !

Cette dérive de la presse française vers des tabloïds de type anglo-saxon a de quoi préoccuper. On me dira qu’un « journal des bonnes nouvelles » ne se vendrait pas ; on fera remarquer qu’on ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure. Mais l’information objective ne doit pas laisser la place à une information débridée, immédiate, spectaculaire, voire choquante, en particulier pour les images ou les reportages. Où est donc la limite quand des corps de soldats abattus s’affichent sans vergogne sur les écrans de télévision lors des journaux télévisés comme dans une mauvaise série B ?

Dans notre société où tout est banalisé, même l’extraordinaire, il est temps de restituer à ceux qui soignent, à ceux qui soulagent, à ceux qui écoutent – comme à ceux qui transmettent le savoir ou qui participent à la sécurité des citoyens – le respect qui leur est dû pour leur dévouement et leur engagement professionnel.

Comme les policiers ou les enseignants, les médecins le méritent et notre société ne s’en portera que mieux !

Dr Jean-Paul Ortiz

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drjportiz

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