Panier de soins : enfin un vrai débat

argent_tirelire_cochonLe financement de notre système de santé est basé sur une solidarité nationale issue des ordonnances de 1945. Vous cotisez en fonction de vos moyens et vous recevez en fonction de vos besoins. Reposant initialement sur le monde du travail, ce financement s’est élargi. Toutefois, les limites en sont vite apparues et les déficits se sont accumulés pour atteindre maintenant plusieurs centaines de milliards d’euros que nous reportons pudiquement sur les générations à venir. Cette situation ne peut que générer des tensions intergénérationnelles, susceptibles de déstructurer notre société.

Mais il y a plus grave : contrairement à un affichage global d’un reste-à-charge faible, notre belle solidarité s’est dégradée au fil des années. En réalité, la sécurité sociale s’est désengagée, sans le dire, de pans entiers du soin, laissant d’autres acteurs le financer. Bien sûr, cela va au-delà des franchises : cela concerne les tarifs médicaux indigents, nécessitant des compléments d’honoraires, tout comme des secteurs entiers du soin tels l’optique, l’audioprothèse et même le dentaire. Ce panier de soins implicite, jamais clairement exprimé par nos politiques, les Français le vivent au quotidien et s’en plaignent à juste titre. D’autres acteurs, en particulier les assureurs complémentaires, ont en partie géré ce risque par un système mutualiste ou d’assurances privées.

Le récent débat politique enclenché par François Fillon a le mérite de poser clairement le problème du panier de soins et du financement de la santé en France. N’est-il pas temps aujourd’hui d’exprimer clairement ce que solidairement nous pouvons couvrir, et ce qui doit relever d’une couverture individuelle et volontaire ? A l’heure où le coût des médicaments innovants dépasse tout ce que nous avons connu par le passé (le traitement d’une seule maladie peut dépasser un milliard d’euros avec les nouvelles thérapeutiques ciblées !), notre système risque d’avoir des choix douloureux à faire. Les Français ne toléreraient pas de ne pas avoir accès aux médicaments innovants pour guérir le cancer sous prétexte que l’on rembourse bien le rhume !

Cela ne va pas sans poser des problèmes majeurs aux médecins libéraux : quelles relations entretiendront-ils avec les assureurs complémentaires et dans quel cadre, quelles garanties auront-ils sur leur indépendance professionnelle et leur liberté de prescription, bref sur la qualité des soins qu’ils pourront apporter à leurs patients ? Comment distinguer ce qui peut relever de la solidarité nationale et ce qui peut relever d’une couverture individuelle ? Comment maintenir un système égalitaire d’accès aux soins dans notre pays, auquel les Français et les médecins libéraux sont particulièrement attachés ?

Les médecins libéraux ont construit depuis un siècle une médecine libérale et sociale accessible à tous, quelle que soit la catégorie sociale. Ils sont conscients des enjeux de demain, prêts à s’engager dans une évolution majeure du système de santé, mais restent attachés à ces valeurs fondatrices.

Dr Jean-Paul Ortiz

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drjportiz

Bienvenue sur le blog officiel du Dr Jean-Paul Ortiz, Président de la CSMF et médecin néphrologue.