« Assurance maladie universelle » : la tentation étatique

hirsch_tabuteauDans une tribune récente, deux grands connaisseurs du système de santé français, Martin Hirsch et Didier Tabuteau, proposent la création d’une « Assurance maladie universelle » en incluant la couverture complémentaire dans la Sécurité sociale. La démonstration est brillante : cela permettrait d’économiser 6 milliards d’euros de frais de gestion des assurances complémentaires. Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ?

Bien sûr, cela poserait quelques problèmes balayés d’un revers de main par les auteurs : que restera-t-il du reste à charge ? Sera-t-il pris en charge par cette couverture universelle ? Car si cela n’était pas le cas, cela permettrait l’apparition de nouvelles… assurances complémentaires qui prendraient en charge tout ou une partie de ce reste à charge.

Mais si le reste à charge est intégré dans un système universel, le coût collectif serait alors considérable. Que ferait-on, par exemple, des 2,5 milliards d’euros de compléments d’honoraires indispensables à la survie de bien des spécialités en médecine de ville ? Oublierait-on l’accès aux soins que cela permet ? Et d’une façon générale, comment ce système universel prendrait-il en charge des soins, comme l’optique ou l’audioprothèse, largement délaissés par l’Assurance maladie obligatoire et, en grande partie, par les complémentaires ?

Mais il y a plus grave : une « Assurance maladie universelle » scelle définitivement le glissement progressif de l’étatisation du système de santé vers la puissance de l’Etat. Les ordonnances de 1945 ont abouti à une construction lente et très complexe d’un système de couverture maladie permettant à tous les Français d’accéder à des soins de qualité grâce à la complémentarité d’une offre diversifiée : médecine de proximité et hospitalière, médecine libérale et salariée. Aucun pays au monde n’a une telle richesse et une telle qualité en matière d’offre de soins, offre de soins d’ailleurs largement reconnue. Une « Assurance maladie universelle » met sous la coupe de l’Etat l’ensemble du système de santé. Le glissement progressif d’un système bismarckien – basé sur la solidarité où chacun paie en fonction de ses revenus mais reçoit en fonction de ses besoins – vers un système beveridgien anglo-saxon serait définitivement acté.

Et nous tomberions alors dans toutes les dérives largement dénoncées actuellement en Grande-Bretagne devant l’échec du NHS : listes d’attente interminables, accès aux structures de soins difficiles et complexes, apparition d’une médecine à deux vitesses, etc. Bref, l’inégalité remplacera la solidarité.

Les idées simples cachent quelques fois des évolutions fondamentales aux conséquences majeures.

Plutôt que d’ « Assurance maladie universelle », il nous faut sauver une « médecine libérale universelle, accessible à tous », et construire notre système de santé sur la base de cette médecine de proximité, médecine générale et médecine spécialisée. Voilà l’effort que le pays doit faire, plutôt que de s’engager dans des voies simplistes mais dangereuses.

Dr Jean-Paul Ortiz

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drjportiz

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