Réforme du 3e cycle des études médicales : encore un échec du dialogue

Interne en grève

Le 3e cycle des études médicales a besoin d’être réformé : ce constat est partagé par tous, enseignants, médecins en exercice, mais surtout jeunes internes en cours de formation. Une vaste préparation de cette réforme a été menée, depuis de longs mois, aboutissant à une nouvelle définition des maquettes, c’est-à-dire au contenu des stages et des acquisitions que l’interne doit avoir pendant sa formation.


Patatras ! La réforme proposée par le gouvernement à l’issue de cette concertation fait l’objet d’une contestation sans précédent, déclenchant un mouvement de grève des internes. Pourquoi en est-on arrivé là après tant de mois de réunions et d’efforts déployés ?

Certainement parce que cette concertation a été un trompe-l’œil, comme souvent dans cette dernière période. En effet, le nombre d’étudiants en 3e cycle augmente et nos jeunes confrères voient bien qu’il est de plus en plus difficile de bénéficier d’une formation de qualité. Pourtant, c’est essentiel pour maintenir l’excellence de la médecine française dans toutes les spécialités, préserver son rayonnement national et international. Vouloir, sous couvert d’une année de responsabilisation intégrée dans le temps de formation, réduire la durée réelle de formation d’un an fait courir un risque majeur au pays. En effet, dans de nombreuses spécialités, le temps d’internat – qui est de quatre ans – est suivi, pour l’immense majorité des jeunes médecins, de deux ans d’assistanat ou de clinicat, où ils étaient en phase de séniorisation. N’est-ce pas la même chose qui va être intégrée sous forme de cette année ultime d’internat dans les maquettes prévues ? Le passage de la thèse avant d’aborder cette dernière année traduit bien cette mutation douce de l’assistanat pour presque tous de deux ans en une année de séniorisation intégrée dans le temps de formation. Et tout le monde a bien compris que le clinicat serait réservé à une toute petite élite, qui se destine à une carrière hospitalo-universitaire. Exit l’assistanat et le clinicat, place à la création d’une seule année de séniorisation ! On ne peut s’empêcher de penser que des contraintes budgétaires ont motivé ces choix !

Dans ces conditions, pourquoi avoir finalement réduit le temps de formation avant la séniorisation à trois ans dans des spécialités aussi majeures et complexes que la cardiologie, la gastroentérologie, la néphrologie, l’anesthésie-réanimation, etc. ? Peut-être s’agissait-il de gros bataillons, les choix ayant été motivés par une logique comptable ? On ose imaginer que cela serait l’ultime raison. Une hypothèse qui fait froid dans le dos…

Oui, les jeunes médecins en formation ont raison de s’opposer à cette réforme mal aboutie. Mais au-delà, il faut aussi poser clairement le problème du contenu pédagogique de ce 3e cycle et de l’indispensable ouverture des terrains de stage à l’exercice libéral. Demain, la plupart de nos jeunes collègues rejoindront ce type d’exercice et de ça, personne n’en parle. Voilà une réforme bien mal emmanchée, et le gouvernement serait bien avisé d’écouter les protestations des jeunes générations. On dit souvent : « Les internes dans la rue, c’est comme le dentifrice : quand il sort du tube, il  est très difficile de le faire rentrer ».

Dr Jean-Paul Ortiz

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drjportiz

Bienvenue sur le blog officiel du Dr Jean-Paul Ortiz, Président de la CSMF et médecin néphrologue.