Retraite : revoir la copie !

5842.jpg

Le système de retraite français est basé sur la solidarité intergénérationnelle, c’est-à-dire sur la répartition. Les actifs cotisent pour les retraités. Il s’y ajoute de façon volontaire et marginale une faible partie en capitalisation, de type Madelin ou à titre personnel.


Les Français savent bien que certaines entreprises de l’État bénéficient de régimes spéciaux, largement déficitaires et qui coûtent cher à la collectivité. De plus, les jeunes générations ont une grande méfiance vis-à-vis de notre système de retraite par répartition, car elles sont persuadées qu’elles cotisent aujourd’hui pour ne pas avoir de retraite demain… Depuis des décennies notre système de retraite doit être revu et a déjà fait l’objet de réformes–replâtrages qui n’ont résolu que le problème des quelques années suivantes. Il est temps de revoir le système de fond en comble.

C’est bien le sens de cette réforme fondamentale qui devrait mettre tous les Français sous un régime de retraite universelle. L’objectif est louable, indispensable, et peut être partagé par tous.

Néanmoins la copie est à revoir complètement: elle est aujourd’hui inacceptable. La solidarité, base de la répartition, ne doit pas être confondue avec l’unicité et encore moins avec le nivellement par le bas. Vouloir embarquer dans la retraite universelle tous les régimes spécifiques et les caisses complémentaires de certaines professions comme les médecins libéraux est une erreur. Il faut limiter la retraite universelle à une base de solidarité nationale bien légitime, donc la limiter à un niveau de revenu égal à un plafond annuel de la sécurité sociale, soit environ 40 000 €, représentant 85% de la population. Au-delà, les professions concernées pourraient ainsi conserver leurs caisses de retraite, comme les médecins qui pourraient conserver la CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France).

Si la retraite universelle aujourd’hui prévue voyait le jour, elle se traduirait certes par environ un cinquième de cotisations en moins pendant la période d’activité médicale mais surtout par une baisse des pensions de retraite de plus d’un tiers. Les médecins seraient les grands perdants de ce système. Car la cotisation dite de solidarité, qui ne donne droit à rien, est beaucoup trop élevée et perdure au-delà de 120 000 € de revenus… Il s’agit plus d’un impôt que d’une cotisation sociale !

L’équilibre de cette nouvelle retraite universelle ne pourrait se faire qu’en ponctionnant les réserves des fourmis -les médecins- pour les utiliser et maintenir l’équilibre général en raison des excès des cigales -les régimes spéciaux- .Les médecins n’accepteront jamais que leurs 7 milliards de réserves accumulées vertueusement servent à ceux qui n’ont pas eu cette prudence… Les réserves des médecins doivent exclusivement  revenir aux médecins et à l’euro près.

Lors de la mise en place de la première convention nationale, ce nouveau contrat social  a prévu le respect de tarifs conventionnels contre un statut social particulier pour les médecins conventionnés. Il s’agit de l’avantage social vieillesse (ASV) dont le financement est assuré aux deux tiers par les caisses d’assurance maladie pour les médecins en secteur un. Pourquoi vouloir mettre dans la retraite universelle ce qui relève exclusivement du dialogue conventionnel ? Que se passerait-il si demain il n’y avait plus de convention entre les médecins libéraux et les caisses d’assurance maladie ? Il faut donc sortir cette partie de notre retraite, non négligeable puisqu’elle représente environ 35 %.

Aujourd’hui les médecins gèrent leur caisse de retraite de façon autonome pour la grande partie, et avec les autres professionnels libéraux pour une petite partie. Cette autonomie dans la gestion de la retraite des professions doit être préservée. Le régime universel prévoit au contraire de noyer toutes les professions dans une structure dont l’État prendra rapidement la main. Les médecins ne peuvent accepter d’être spoliés de cette autonomie dans la gestion de leurs caisses de retraite.

Enfin, nous sommes très attachés à notre caisse de retraite pour les actions et les assistances qu’elle peut apporter. Nous devons tout faire pour sauvegarder  la CARMF.

On le voit, le gouvernement doit impérativement revoir sa copie de fond en comble, afin d’emporter l’adhésion de toutes les catégories professionnelles.

S’il ne répond pas aux attentes des médecins libéraux, ceux-ci seront amenés à entrer dans une action dure pour sauvegarder ce qui est leur bien acquis durement au fil des années et des générations.

Dr Jean-Paul Ortiz

Publié par

drjportiz

Bienvenue sur le blog officiel du Dr Jean-Paul Ortiz, Président de la CSMF et médecin néphrologue.