Midazolam : une évolution indispensable

Midazolam - Nils Wommelsdorf - CC BY 20
Flickr/ nilswommelsdorf / CC BY 20

L’utilisation de midazolam par un médecin en Normandie fait aujourd’hui la Une des journaux, puisque cette utilisation semble avoir été faite dans des conditions ne respectant pas la réglementation actuelle. Il ne m’appartient pas de prendre position sur la démarche enclenchée par la justice. On ne peut que s’étonner d’une procédure judiciaire très agressive mais les éléments du dossier ne sont pas connus…. Au-delà de la solidarité confraternelle, l’utilisation du midazolam en pratique de ville est aujourd’hui au centre du débat.


Il n’est en effet pas tolérable que les Français qui ont décidé de finir leur vie à domicile ne puissent pas bénéficier des mêmes conditions de confort en matière de fin de vie, des mêmes traitements antidouleur leur permettant de mourir dans la dignité. Cette iniquité oblige malheureusement à hospitaliser un certain nombre de patients âgés, contre leur volonté et celle de leur famille. Le recours à l’hospitalisation à domicile n’est pas toujours possible dans tous les secteurs géographiques et avec la disponibilité nécessaire…

Il est donc indispensable d’avoir une réflexion pour élargir l’utilisation du midazolam et permettre aux médecins de ville de pouvoir l’utiliser. Toutefois, cette utilisation doit être le fruit d’une réflexion partagée entre plusieurs médecins et d’une décision pluriprofessionnelle, qui soit mûrement réfléchie et élaborée avec le patient et la personne de confiance désignée, ainsi que la famille du patient. Ceci rentre dans le cadre d’une démarche que les équipes de soins palliatifs connaissent bien au quotidien. Cela nécessite donc un encadrement strict afin d’éviter des dérives dans l’utilisation du midazolam en ville. Les médecins exerçant en ville ont toutes les capacités de le faire, à condition que l’utilisation de ce produit ou de produits équivalents ne relèvent pas de la décision individuelle d’un médecin mais d’une décision prise entre plusieurs médecins, avec d’autres professionnels de santé soignant le patient et connaissant bien son entourage et son histoire.

Déjà certaines équipes médicales de ville structurées en équipe de soins primaires ou en organisations coordonnées ont développé ce type de démarche, à la satisfaction des patients pris en charge et de leur famille. Ceci doit être possible et ne plus être illégal. Mais ceci doit être encadré et permettre ainsi de garantir une prise en charge de qualité pour cette période de la vie qui mérite toute notre attention et notre sollicitude, tant à domicile que dans les établissements de soins. Il en va de l’éthique du médecin.

Dr Jean-Paul Ortiz

 

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drjportiz

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