Stop à la division syndicale !

Dans quelques semaines vont se tenir les élections pour nommer les représentants de notre profession aux Unions Régionales des Professionnels de Santé (URPS). Pour la première fois dans l’histoire du syndicalisme médical, ce ne sont pas moins de 8 structures syndicales qui sont autorisées à présenter des listes à ce scrutin organisé au niveau national, et qui se déroule dans toutes les régions de France.


Pourtant, il y a déjà cinq syndicats médicaux représentatifs, qui sont apparus au fur et à mesure de l’histoire du syndicalisme medical. On doit s’interroger sur les raisons qui ont abouti à ces fractures.

Elles sont historiques : débats autour du mécanisme conventionnel avec l’apparition de la FMF, qui réunissait les anti-conventionnistes. On voit d’ailleurs aujourd’hui que tous les médecins ou presque ont rejoint la convention et que la FMF a été signataire de plusieurs conventions médicales y compris la dernière convention, contrairement au syndicat historique, la CSMF, pourtant conventionniste.

Apparition du secteur 2 et débats autour de ces honoraires libres, avec création du SML (Syndicat des Médecins Libéraux) qui devait réunir tous les médecins exerçant en secteur 2. La réalité est qu’aujourd’hui le SML réunit dans ses rangs des médecins de secteur 1 et 2, et que tous les autres syndicats défendent le secteur 2…

Débats autour d’une spécialité médicale prétendument insuffisamment défendue, pour certains médecins généralistes qui ont quitté le syndicat mère, la CSMF, pour créer une branche spécifique. La même démarche d’insatisfaction a abouti à la création du syndicat LE BLOC et plus récemment d’Avenir Spé qui l’a rejoint.

D’année en année,  ces divisions ont reposé sur des problèmes d’égo,  des résultats jugés insuffisants ou sur des dérives ultra-corporatistes. Il est vrai que le médecin libéral a toujours du mal à intégrer la dimension collective de sa vie professionnelle car son exercice le place dans une relation individuelle interpersonnelle basée sur le libre choix et la confiance. Mais aujourd’hui, la prise en charge du patient se fait en équipe coordonnée et doit mener l’ensemble du corps médical libéral à réfléchir aux enjeux actuels.

Cette division de la représentation professionnelle est une extraordinaire opportunité pour les gouvernements qui se réjouissent de cet affaiblissement du poids de notre profession. De droite comme de gauche, ils ont souvent suscité et encouragé ces fractures. D’autres acteurs les ont vu d’un œil favorable, trop contents de voir les représentants médecins s’entre-déchirer, comme certains dirigeants de l’hospitalisation privée…

Regardons les autres pays européens : les syndicats y sont le plus souvent peu nombreux voire uniques et bien évidemment leur poids est différent: ils sont alors hautement représentatifs. Au delà du corps médical, les gouvernements français successifs ne sont pas exempts de reproches dans leur vision de la place des corps intermédiaires. Si certaines divisions syndicales se sont produites, c’est également car certains trouvaient les résultats insuffisants. Est-ce la faute des syndicats ? Ou plutôt aux politiques qui n’ont pas su saisir l’opportunité de la valorisation de ces corps intermédiaires. D’ailleurs le pouvoir politique commence à le vivre à ses dépens: la crise des gilets jaunes a montré combien il était difficile de régler un mouvement qui se développait en dehors de toute structure organisée, et combien il était difficile de négocier en l’absence d’une représentation reconnue.

La société française doit évoluer pour sauvegarder sa cohésion:

  • Le pouvoir politique doit agir avec tous les acteurs de la représentation de la société afin de fluidifier le fonctionnement démocratique et éviter des crises sociales majeures. Cela passe par un renforcement du pouvoir et du rôle des corps intermédiaires, à l’instar de l’Allemagne. Le temps de cette démocratie directe, de ces multiples comités citoyens est en train de démontrer son échec.
  • Les différentes professions doivent se doter d’une représentation professionnelle active, reconnue, et la moins divisée possible, responsabilisée dans ses engagements.

La division c’est l’affaiblissement, c’est la désintégration de notre société, c’est la perte de la démocratie et le glissement vers l’autocratie.

Le regroupement, l’unité, c’est une vie sociale plus structurée, et une démocratie qui tourne le dos au populisme et aux extrémismes.

 

Dr Jean-Paul Ortiz
21-01-2021

 

Publié par

drjportiz

Bienvenue sur le blog officiel du Dr Jean-Paul Ortiz, Président de la CSMF et médecin néphrologue.